Quelques expressions

Un petit lexique de l’oeuvre peut être utile et passionnant !

 

Trébizonde : ville à l’est de la Turquie et au bord de la Mer Noire. Lorsque les Croisés prirent Constantinople à l’Empereur Romain d’Orient en 1204, certains Grecs créèrent l’Empire de Trébizonde, qui survécut jusqu’en 1461. Au quinzième siècle en Occident se crée le mythe de la Princesse de Trébizonde, passant pour très belle, possédant prestige et force de caractère. Elle est plus particulièrement incarnée par Théodora Comnène (1438 – 1478), fille de l’empereur et donnée en mariage en 1458 au khan des Turkmènes.

Saltimbanque : désigne un artiste du spectacle de rue qui fait toutes sortes de tours pour amuser le public. De l’italien : saltare in banco (sauter sur une estrade).

Enfant trouvé : fantasme popularisé par les romanciers du XIXe siècle. Une fille grandit dans la pauvreté mais l’honneur et se révèle être une riche héritière, ce qui lui permettra un beau mariage. C’est le cas d’Isabelle dans le Capitaine Fracasse (Théophile Gautier, 1863), comédienne pauvre mais de grande vertu, ce qui prouve sa haute naissance, Aurore dans le Bossu (Paul Féval, 1858) et même Germaine (les Cloches de Corneville, 1877). Mais le thème est déjà utilisé par Molière, avec Mariane dans l’Avare (1668) ou Zerbinette dans les Fourberies de Scapin (1671).

Gobelets et muscade : tour qui consiste à faire passer une noix de muscade (le plus souvent une boule liège) sous trois gobelets et faire deviner où elle se trouve. Au début c’est facile, et quand, mis en confiance, le badaud mise gros, le bonimenteur accélère la manipulation en disant « passez muscade », et de telle façon que le badaud se trompe toujours. L’expression « passez muscade » s’emploie couramment pour commenter une embrouille ou un mensonge qui a réussi.

Me maquillé-je ? Me teigné-je ? : A la forme interrogative soutenue, le pronom-sujet est renvoyé après le verbe, joint par un trait d’union : le sais-tu ? Où suis-je ? Pour des raisons euphoniques, à la première personne du singulier les verbes du premier groupe ont la forme « radical+é-je », par exemple : quelle chanson chanté-je ? Me maquillé-je ? Pour le verbe teindre, du troisième groupe, l’emploi me teigné-je est fantaisiste. Il faudrait dire : me teins-je ?

Rhotomago : c’est ainsi que les saltimbanques appellent ceux d’entre eux qui disent la bonne aventure. C’est aussi le nom donné à un grand spectacle féérique à très grand succès créé à Paris en 1862 au Théâtre Impérial du Cirque, soit 7 ans avec la Princesse de Trébizonde, et qui met en scène Rhotomago, un enchanteur qui utilise un talisman pour faire toutes ses mauvaises fantaisies.

Conjungo : mot précieux et vieilli, utilisé plaisamment pour désigner le mariage.

Vertigo : Dans son sens familier, c’est un vertige, mais dans son sens figuré, c’est un caprice fantaisiste. Molière, dans M. de Pourceaugnac (1669), fait dire à Oronte scandalisé par l’attitude de sa fille Julie : « Voyez un peu quel vertigo lui prend ! »

Raca : dire raca à quelqu’un c’était lui marquer un profond mépris. L’expression s’est perdue. En araméen, ça veut dire « tête vide », soit imbécile. Le mot vient de l’évangile selon St Mathieu (5, 22) : « Qui autem dixerit fratri suo, raca : reus erit concilio. » (Traduction de la Vulgate). En français : « Si quelqu’un insulte son frère, il devra passer devant le tribunal. »

Ad libitum : souvent abrégé en ad lib sur les partitions musicales. L’expression est d’origine latine et signifie « à volonté ». On répète ad libitum un refrain, et quelque fois ad nauseam.

Palladium : le mot vient de la déesse grecque Pallas. Sa statue, à Troie, protégeait la cité. Par extension, un palladium désigne tout ce qui a le pouvoir de protéger.

Souper : bizarrerie de la langue française, ce terme désignait au XIXe siècle, comme encore dans certains pays francophones (Belgique, Suisse, Canada), et dans l’est de la France, le repas du soir, alors qu’en France de nos jours on dira le dîner. Lequel dîner, dans les pays précités, désigne le repas de midi, que nous appelons déjeuner. Lequel déjeuner désigne là-bas ce que nous appelons le petit-déjeuner. Ce glissement horaire s’est fait en France au début du XXe siècle.

Prendre la poudre d’escampette : le mot escampette vient de l’italien scampare qui signifie décamper, s’enfuir. Deux origines sont possibles. 1) Au XVIIe siècle, les médecins donnaient des poudres efficaces sinon pour soigner du moins pour purger, qui ne faisaient pas rester longtemps l’utilisateur sur place. 2) Dans les combats, l’artillerie qui avait une faible portée était placée en avant du champ de bataille, alors que la poudre, par sécurité était à l’arrière. Elle était apportée par des soldats qui, quand la bataille tournait mal à l’avant, s’en allaient à la poudre et ne revenaient pas.

Malvoisie : vin d’origine grecque, célèbre en Europe aux XVIe et XVIIe siècles. Le cépage a été cultivé dans toute l’Europe du sud. Le mot a aussi désigné tout vin grec. Georges Plantagenêt, ivrogne notoire et duc de Clarence, condamné par son frère Edouard IV à la mort de son choix pour avoir comploté contre lui, demanda à être noyé dans un tonneau de Malvoisie (Londres, 1478).

Ambroisie : dans la mythologie grecque, c’était la nourriture délicieuse des dieux de l’Olympe et qui donnait l’immortalité. Le mot a pris le sens de plat exquis. Les poètes ne semblent pas d’accord sur la nature solide ou liquide de l’ambroisie. Raphaël a tranché en faveur de la nature liquide en le faisant rimer avec Malvoisie.

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