Regard sur la pièce

  • Pour le bicentenaire de la naissance de Jacques Offenbach, les Baladins ont déniché pour vous une perle, rarement jouée. Cette pièce, contemporaine des Brigands (1869) que nous avons montée l’an dernier, présente un aspect méconnu d’Offenbach. En effet, à cette époque le célèbre compositeur vu comme un amuseur auteur de bouffonneries ambitionnait d’être joué à l’Opéra-Comique, qui programmait des pièces plus sérieuses et qui le méprisait.

Il a donc composé la Princesse de Trébizonde avec l’idée d’infléchir son répertoire, sur un thème plus onirique, la ponctuant de plusieurs romances, des airs très délicats avec beaucoup de charme. Il reste certes des scènes bouffonnes, et notre adaptation en a rajouté – nous voulons rire, mais on passerait à côté de l’essentiel si l’on oubliait l’intention de cette pièce : exalter la vie d’artiste et procurer du rêve.

Dans la mise en scène, nous avons plusieurs fois exploité le thème de la poupée animée, qui préfigure celle des Contes d’Hoffmann, pièce qui donnera à Offenbach le succès dont il rêvait tant à l’Opéra-Comique, mais de façon posthume (1881). Nous retrouvons également le thème du jeu (Offenbach était le petit-fils d’un propriétaire de loterie ambulante) et du déguisement. Les saltimbanques ne font qu’ajouter des éléments bourgeois à leurs costumes de saltimbanques, car ceux-ci sont comme une seconde peau pour ces artistes dans l’âme. Nous avons voulu impliquer le public dans le spectacle, avec l’espoir de réveiller l’artiste qui sommeille en chacun. Par exemple, le changement de décor qui matérialise le rêve trompeur des saltimbanques s’opère en partie rideau ouvert et le public est souvent complice des personnages qui croient tromper tout leur monde.

La Princesse de Trébizonde, bien que classée opéra-bouffe car ouvertement drolatique, est une oeuvre qui fait une incursion dans le monde du rêve et de la poésie. Elle nous dit que l’artiste crée du bonheur pour son public. Nous vous la présentons avec l’intention de vous faire découvrir cette facette de Jacques Offenbach, qui était un musicien virtuose avec un sens profond du spectacle et intimement baladin.

Marie Arnold et Philippe Pérez

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