La tradition du rôle travesti

Même le spectateur le plus distrait remarquera que le rôle de Raphaël, l’amoureux de la belle Zanetta, est tenu par une jeune femme. Il s’agit de ce qu’on appelle un rôle travesti. Sa première interprète fut Mlle Anna Van Ghell. Zulma Bouffar créa la même année le rôle de Fragoletto, le jeune fermier des Brigands, et était suffisamment féminine pour être la seule maîtresse connue du compositeur et la mère de ses deux enfants. D’où viennent donc les rôles travestis ? Dans l’opéra des XVIIe et XVIIIe siècles, les rôles principaux étaient tenus par des sopranos, femmes ou castrats dont les voix se prêtaient mieux aux vocalises prisées à l’époque. Peu importe le réalisme, au besoin l’homme se travestissait en femme et la femme en homme, suivant la disponibilité des artistes. Les castrats ayant disparu au XIXe siècle, on a écrit les rôles d’hommes avec des voix d’hommes et les rôles de femmes avec des voix de femmes. Cependant, une certaine tradition des rôles travestis est restée, notamment pour les rôles de jeunes hommes amoureux, souvent confiés à des mezzo-sopranos en raison de leur timbre de voix.


Lillian Russell, en Prince Raphaël dans La Princesse de Trébizonde (1870).

Emma Meissner, en Fragoletto dans Les Brigands (1906).

 

Philippe Pérez

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