Le thème des Brigands

L’opéra-bouffe « les Brigands » remplit bien sa vocation bouffonne. Avec cette bande de brigands un peu tocards, ces carabiniers inutiles, nous voilà partis sur un enfantin jeu de gendarmes et de voleurs, agrémenté de personnages cocasses : la délégation de Mantoue, l’ambassade de Grenade et la cour du Prince. Les librettistes Meilhac et Halévy brocardent gentiment l’impératrice Eugénie et sa cour.

Cependant, tout n’est pas innocent. Le deuxième acte se situe sur la frontière entre l’Espagne et l’Italie. Une bouffonnerie ? Non ! Un lieu qui n’existe pas, c’est une utopie (étymologiquement : nulle part). L’utopie est un genre littéraire qui décrit une société, souvent idéale mais pas toujours, située dans un ailleurs imaginaire, utopique. Mais en creux, l’utopiste critique une société actuelle très bien localisée. Nos sympathiques brigands sont de petits enfants face aux grandes manœuvres des financiers de Mantoue et de Grenade. La phrase-clé de la pièce : « il faut voler selon la position que l’on occupe dans la société », révèle la vraie portée de l’œuvre. La charge est lancée contre la concussion et la corruption.

Dans l’adaptation des Brigands faite pour les Baladins, le narrateur, qui intervient au début de chaque acte, révèle progressivement les intentions de la pièce. Au premier acte, en Guignol, c’est le stade gentillet du gendarme et du voleur. Puis au deuxième acte, en Al Capone, il prévient le spectateur de s’attendre à la critique sociale : les brigands ne sont pas que ceux que l’on croit. Enfin, au troisième acte, il est un grand patron qui s’enrichit sans vergogne. Si la caricature est outrancière comme une caricature se doit de l’être, l’actualité nous rappelle qu’elle n’est pas toujours infondée. On aurait pu viser la politique, la finance et tout lieu de pouvoir avec autant d’actualité.

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